Allez, je commence à râler (tu tenais peut-être ça de moi d'ailleurs) : il fait chaud, j'ai chaud... (c'est vrai que dès que le thermomètre dépasse 20/22 °, je commence à souffrir). Alors, je te revois me regarder avec un haussement d'épaule, te tourner vers ton papa de coeur avec un grand sourire et dire "Ben, ça va, hein, Gib ? On n'a pas de problème. On est des gars du midi, NOUS". Je mets le nous en majuscules parce que tu insistes bien sur ce mot. Encore une chose sur laquelle vous étiez bien d'accord tous les deux.
En rentrant du travail ce midi, j'ai trouvé dans ma boîte aux lettres le catalogue d'un bijoutier qui propose ses articles pour la fête des mamans : un pincement au coeur ; ce sera ma première fête des mamans sans tes bisous. Je dis fête des mamans et non fête des mères car, lors de tes trois derniers mois d'hospitalisation, tu m'as souvent dit : MA MAMAN ; et là aussi je l'écris en majuscules parce que tu insistais bien sur chaque syllabe.
Bon, j'arrête... les larmes coulent et je ne vois plus ce que j'écris (heureusement que j'étais dactylo et que je tape sans regarder le clavier) ; tu vas me botter le derrière.
En plus, il me faut être en forme même si... parce que ce soir, on se retrouve en bande chez Viviane et Jacques pour une soirée qui ne sera sûrement pas triste. Tu nous suis, Fab ?
Je vais me préparer doucement en conséquence et pour donner une touche un peu gaie à ce mot qui me remue les tripes, je te mets une chanson dont une amie m'a fait passer le lien ce matin, avec en dessous, sa traduction en français...
Une mer silencieuse autour d'Inishfree bay
Déroule la route de sel que tu vas prendre
Un magnifique ciel bleu éclaire Bun Beg
Alors que tous tes amis ont la tête basse et prient
Il n'y a aucune inquiétude, aucun signe de peur
Et ainsi demeurera
Juste le bruit de l'au revoir
Et le chuchotement des larmes retenues
Au plus profond de nos yeux
Laissées la volonté et les pensées
Que nous sèmerons ici et là sur la route
Laissés en paix les troubles, les doutes
Et les mauvaises directions que tu as pu prendre
Puisses tu te reposer et nous guider quand nous dérivons au loin
Assaillis par les changements
Maintenant nous avons installé l'attente
La distance entre toi et nous
Notre convalescence
Laissés et joués les airs et les chansons
Que nous partagerons maintenant en héritage
Laissés les rires, les larmes que nous retenons
Dans un pays sans peur, sans age
Puisse-t-on donner une chance à nos vies d'être lavées de la peine
Mais de ne jamais oublier
Que tu es toujours ici près de nous
Et pour longtemps
Au revoir et adieu
Surtout pas adieu puisque tu es toujours là
et ni au revoir : tu es près de nous à chaque moment de notre vie.
Je t'aime, mon fils