C'est un long week-end que ce week-end pour moi et ton papa de coeur. Malheureusement, il nous faut rester enfermés dans la maison puisque, depuis cette nuit, ce sont des trombes d'eau qui tombent du ciel. Il y a eu une petite acalmie cet après-midi pendant laquelle ton papa de coeur a attrapé son fusil pour aller profiter un peu de la saison de chasse. Il est revenu vite fait car la pluie a repris de plus belle. Elle fait un bruit infernal sur la véranda.
Du coup, on n'est pas allés au cimetière et nous n'irons pas non plus demain. Les fleurs auront été plus qu'arrosées donc, tout sera bien. Et puis, c'est la Toussaint... la fête des morts, mais ça ne nous concerne pas puisque tu n'es pas mort ; tu vis dans un autre monde, ce monde dans lequel je te retrouverai un jour.
Hier soir, nous avons eu du monde à la maison ; ton papa de coeur avait préparé un repas "d'enfer". Bonne ambiance puisque nos invités sont partis vers 2 heures du matin, ancienne heure.
Ce matin, j'ai reculé d'une heure les aiguilles de toutes les pendules. Et oui, on passe à l'heure d'hiver et à 6 heures le soir, la nuit tombe. Bouh, tu n'aimais pas cette saison, mon fils ; le soleil te manquait.
J'ai le moral qui flanche un peu de rester cloîtrée ainsi ; je pense à toi, bien évidemment, que j'aurais pu, en traversant la route, retrouver pour discuter un moment ; je pense à Nadine dont le fiancé est parti te rejoindre et qui n'aura plus le soutien physique de Son Homme pour lutter contre le cancer ; je pense aussi au petit Nolann qui n'a que 6 ans et demi et pour qui les médecins parlent de soins palliatifs puisqu'ils ont épuisé les traitements pour la leucémie.
Je sais bien que je ne peux pas prendre toutes les misères du monde sur mon dos mais je ne sais pas non plus faire l'autruche et ignorer la souffrance des autres. J'ai toujours le même sentiment d'impuissance que celui que j'éprouvais à ton chevet, impuissance à te soulager et à te guérir et surtout impuissance à prendre ta place dans la maladie. Et pourtant que n'aurais-je donné pour cela !
Tu me manques, mon fils.